Zao Wou-Ki à l’Hôtel de Caumont

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ZAO WOU-KI (1920 – 2013)

Il ne reste plus que quelques jours, jusqu’au 10 octobre, pour visiter l’exposition consacrée au peintre franco-chinois Zao Wou-Ki, à l’espace des arts de l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence.
J’ai eu la chance d’y admirer plus de 80 oeuvres pour la plupart issues de collections privées.
Je connaissais les lieux mais pas l’artiste. Je n’ai vraiment pas été déçue…

Du figuratif à l’abstrait

Rien que l’intitulé donne envie : « Il ne fait jamais nuit ». Zao Wou-Ki semble l’avoir choisi lui-même, puisque c’est le titre qu’il a donné à un monumental diptyque peint en 2005. Alors âgé de 85 ans, l’artiste y exprime tout son bonheur de peindre.

Zao Wou-Ki – Il ne fait jamais nuit – Diptyque, 2005, Huile sur toile, 195 x 260 cm, Collection particulière © Adagp, Paris, 2021, photo droits réservés

Les couleurs s’associent, se superposent, s’enchaînent, se fondent, se mélangent. Les motifs, réduits à de simples traits plus ou moins épais, plus ou moins compacts, insufflent le mouvement, habitent la toile sans jamais l’envahir. Du froid à la chaleur, de l’espace à la densité, Zao Wou-Ki nous donne à contempler une oeuvre lumineuse empreinte de liberté et de sérénité.

Le figuratif du début a laissé place à une peinture abstraite abordable, claire et équilibrée. Les influences asiatiques et occidentales créent une osmose singulière et éclairante.

Sans titre – 1958
Huile sur toile 73 x 92 cm
Collection particulière

Sans titre – 1958- détail
Huile sur toile 73 x 92 cm
Collection particulière

1992
Huile sur toile, 65 x 81 cm
Collection particulière

De la Chine à la France

Né en 1920 à Pékin, dans une famille d’intellectuels aisés, Zao Wou-Ki s’intéresse très jeune au dessin et à la calligraphie. Dès 15 ans, il intègre l’école des beaux-arts de Hanghzou où il acquiert une formation classique fondée sur la reproduction du réel et sur la calligraphie. Il se tourne très rapidement vers la peinture à l’huile.

Sans titre (Nature morte aux pommes), 1935-1936, Huile sur toile, 46 x 61 cm, Collection particulière

Paysage Hangzhou, 1946, Huile sur toile, 38,2 x 46,3 cm,
Collection partiulière

Après avoir voyagé vers la Chine centrale pendant le conflit cino-japonais, il enseigne la peinture et expose dans son pays. Il acquiert une certaine notoriété, jusqu’à Paris, où en 1946, dix de ses peintures et sept de ses dessins font partie de « l’exposition de peintures chinoises contemporaines ».

Mais la technique classique ne suffit plus au jeune artiste. Il se sent enfermé dans un carcan et décide de poursuivre sa formation artistique à Paris. En février 1948, à 28 ans, il quitte Hangzhou et s’installe dans le quartier du Montparnasse.

Quand je suis arrivé en France, je n’avais jamais vu de peinture originale… c’était comme trouver le trésor d’Ali Baba ! (Zao Wou-Ki) 

La France et l’Europe

Visites de musées, rencontres avec le milieu artistique Parisien, voyages dans toute l’Europe, les années 50 lui offrent de nouvelles inspirations et de nombreuses perspectives picturales. Et surtout, le jeune exilé trouve une nouvelle famille qui le soutient et l’encourage : Giacometti, Henri Michaud, Ungaro, Pierre Soulages…

Sans titre, 1949
Encre de Chine et gouache sur papier, 47 x 36,8 cm, Collection paticulière,
© Adagp, Paris, 2021, photo: Antoine Mercier

Ville engloutie, 1955
Huile sur toile, 89 x 146 cm. Collection particulière
© Adagp, Paris, 2021, photo Antoine Mercier

« Picasso m’avait appris à dessiner comme Picasso, mais Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise. J’avais admiré Modigliani, Renoir, Matisse. Mais c’est Cézanne qui m’aida à me retrouver moi-même, à me retrouver peintre chinois ». (Zao Wou-Ki)

« Paul Klee va être un médiateur, un recours merveilleux contre deux périls qui menacent alors le jeune artiste : rester un peintre enraciné à l’excès dans l’admirable passé de son peuple, ou se trouver agressivement détaché de celui-ci, européanisé, et peut-être par là-même, dénaturé. » (Claude Roy*)

*Claude Roy (1915-1997) : Poète, journaliste et écrivain Français

Vers de nouveaux territoires

Et pendant les années 60 et 70, Zao Wu-Ki continue à peindre et à voyager aux Etats-Unis, au Japon, à Hong-Kong… A chacun de ses retours à Paris, il se sent galvanisé par ses rencontres avec des paysages et des artistes toujours plus inspirants et novateurs. Le peintre veut encore et toujours faire évoluer son travail. Il se tourne vers l’abstrait.

« Les modèles que me proposait le monde extérieur ne me suffisaient plus. Je voulais peindre ce qui ne se voit pas, le souffle de la vie, le vent, le mouvement, la vie des formes, l’éclosion des couleurs et leur fusion, tout ce qui fait voir le monde différemment » (Zao Wou-Ki)

Au début des années 70, il accompagne sa deuxième épouse May Zao, sculptrice d’origine chinoise, atteinte d’une longue maladie. Sa peinture se fait alors parfois plus tourmentée, à l’image de la tension qui l’habite et parfois plus vide, comme le reflet de son inquiétude.

1973
Huile sur toile 200 x 162cm
Musée Ingres-Bourdell,
Montauban

Hommage à Turner – 1975
Huile sur toile 55 x 55cm
Collection particulière

1970
Huile sur toile 130x 162 cm
Collection particulière

Retour à l’encre de Chine

Mais, sa femme étant de plus en plus souffrante, Zao Wou-Ki manque de temps pour peindre. Sur les conseils de son ami le poète Henri Michaux, il se remet à l’encre de Chine, technique d’une plus grande facilité d’exécution.

Le résultat est spectaculaire. Le rapport entre le blanc et le noir, le plein et le vide, l’épaisseur et la fluidité du trait concrétise la rencontre entre sa culture orientale (calligraphique) et sa trajectoire occidentale (abstraite). Le retour à l’encre de Chine amènera le peintre vers la maturité et la sérénité.

May Zao meurt le 10 mars 1972. Zao Wou-Ki retourne en Chine pour la première fois depuis 1948.

Sans titre, 2005
Encre de Chine sur papier marouflé sur toile 97 x 189 cm
Collection particulière

« Le vide est une chose très importante dans la peinture chinoise, dans la tradition chinoise et dans la musique aussi, c’est le repos. Le silence est une chose nécessaire et quand c’est trop rempli, c’est cela le pompier. On n’a pas de repos. On se fatigue pour rien. C’est comme la musique, le vide c’est un vide vécu, nourri. Ce n’est pas un vide vraiment vide, ce n’est pas la même chose. C’est l’opposé du plein mais en même temps c’est nécessaire. » (Zao Wou-Ki)

Sans titre, 2005
Encre de Chine sur papier marouflé sur toile 89 x 96.5 cm
Collection particulière

Le bonheur de peindre

Les grands formats

Désormais Zao Wou-Ki dispose de plusieurs ateliers pour peindre. Il aménage la grange de sa maison de campagne dans le Loiret, ce qui lui permet de produire des oeuvres de grandes dimensions. Il se rend souvent dans le sud chez des amis. « La maison-atelier construite à Ibiza par son ami l’architecte catalan José luis Sert lui permet d’intégrer la force de la lumière et la saturation des couleurs de la Méditerranée. »*

*catalogue de l’exposition

14.03.92, 1992, Huile sur toile, 65 x 81 cm, Collection particulière
© Adagp, Paris, 2021, photo Dennis Bouchard
Ciel – 12.01.2004, 2004, Huile sur toile, 250 x 195 cm, Collection particulière
© Adagp, Paris, 2021, photo: Dennis Bouchard

Fidèle à la tradition chinoise, il décide de rendre hommage aux artistes qui l’ont soutenu et à ceux qui l’ont guidé dans son parcours.

Hommage à José Luís Sert – 14.07.88, 1988, Huile sur toile, 100 x 300 cm, Collection particulière
© Adagp, Paris, 2021, photo: Manuel Alves
Hommage à Cézanne – 06.11.2005, 2005, Huile sur toile, 162 x 260 cm, Collection particulière
© Adagp, Paris, 2021, photo: Dennis Bouchard

Les aquarelles

A partir de 1997, à près de 90 ans, Zao Wou-Ki sort de son atelier et crée une série d’aquarelles, toutes peintes en pleine nature. Inattendue, surprenante et touchante, cette série sera l’ultime travail du peintre.

Sans titre (Loiret), 2006 – Aquarelle sur papier 66 x 102 cm
détail
collection particulière

« J’étais fasciné par la multiplicité de l’espace à la surface de l’eau, la légèreté de la lumière ou son épaisseur entre le lac et le ciel. […] Ce que je cherchais à voir, c’était l’espace, ses étirements et ses contorsions, et l’infinie complexité d’un bleu dans le minuscule reflet d’une feuille sur l’eau. Je me posais toujours les mêmes questions : comment représenter le vent ? Comment peindre le vide ? Et la lumière, sa clarté, sa pureté ? »
(Zao Wou-Ki)

« Pas d’autre attitude possible que de rester songeur devant ces toiles qui jouent avec le vide et le plein, piégeant parfois la matière, traçant par endroits une calligraphie inventée, conjuguant le mouvement avec l’immobilité, un tout dense et peuplé avec le mutique et le disert. (…) Nous sommes au-delà du miroir, dans un monde peut-être plus réel que l’univers qui nous entoure. »*

Nous sommes éblouis par la lumière intérieure de Zao Wou-Ki…

*Arts-chipels.fr

La playlist Zao Wou-Ki

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Les vidéos

Zao Wou-Ki – De la pensée au geste

Hommage au peintre Zao Wou-ki

Zao Wou-Ki (1920-2013). 100 Paintings, by Hugues Pénot, Art advisor

Les podcasts sur France Culture

L’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence

Escalier intérieur de l'hötel de Caumont

L’hôtel de Réauville, dit de Caumont est un hôtel particulier situé au 3 rue Joseph-Cabassol dans le quartier Mazarin à Aix-en-Provence.

Construit entre 1715 et 1742, il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 16 février 1990.  Il a une superficie totale de 2 500 mètres carrés.

La ville acquiert le bâtiment en 1964.
A partir de 1970, il abrite le Conservatoire de musique. En mars 2010, la municipalité annonce son intention de vendre l’hôtel, ce qui inquiète les associations de défense du patrimoine aixois.

C’est finalement Culturespaces, filiale du groupe Suez, qui en fait l’acquisition en 2013. Le projet est d’organiser des expositions temporaires et des concerts.

Dès septembre 2013, Culturespaces va mener une restauration à laquelle elle consacre un budget de 12,8 millions d’euros. Ces travaux concernent aussi bien l’hôtel particulier lui-même que les communs, les cours et les jardins.

L’inauguration du nouveau lieu, baptisé « Caumont Centre d’Art », a lieu le 6 mai 2015.

Le monument contient désormais un lieu d’exposition temporaire, un « musée reconstitué » (décoration et ambiance d’époque), un jardin à la française et un élégant salon de thé proposant également de la restauration.

Source : Wikipédia

Messages personnels

Bien sûr, ce tableau sans titre de 1958 est très bien exposé à l’hôtel de Caumont… Mais, je pense qu’il serait encore mieux mis en valeur dans mon salon. Je propose donc à son propriétaire de me le prêter pour quelques décénnies. J’en prendrai grand soin, je le jure…

De son côté, Simone, notre correctrice, vient de trouver un espace tout à fait adapté de 65 sur 81 cm sur un des murs de sa chambre afin d’accueillir cette merveille pour le temps qu’il lui reste à vivre… Le collectionneur a de la chance, il va pouvoir combler Simone….

« Le silence ponctue nos vies comme le point. La virgule scandent le texte. Comme la pause, le soupir marquent la partition. Temps d’arrêt, le silence s’entend, se pèse, s’évalue. (…) .Du silence de la toile surgit l’émotion. Du silence du mystique jaillit l’extase, l’illumination. » (Sylvie Trottier)

Pour Chantal

Sources

Un salut très amical au blog en revenant de l’expo.com qui nous offre des balades vraiment très sympa à travers plein d’expositions diverses et enrichissantes… Allez y faire un tour, vous ne serez pas déçu… (Zao Wou-Ki – Il ne fait jamais nuit à l’Hôtel de Caumont – Aix-en-Provence)

Zao Wou-Ki – Triptyque juillet-octobre 1997 – janvier 1998, 1997-1998, Huile sur toile, 200 x 486 cm, Collection paticulière, © Adagp, Paris, 2021, photo: Naomi Wenger

La source En revenant de l'expo.com Wikipédia France Culture
Via Fondation Zao Wou-Ki arts-chipels.fr nuitblanche.com

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