Philippe Djian, un écrivain contemporain populaire

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Philippe Djian : écrivain, scénariste, parolier, dialoguiste
Philippe Djian © Catherine Helie /Gallimard

« Double Nelson », le dernier livre de Philippe Djian est en librairie

Double Nelson, le dernier Djian

Philippe Djian vient encore de frapper fort avec son dernier roman Double Nelson.

Les nuits sont claires chez Djian

« La nuit était claire, absolument belle au regard de ce qui s’y déroulait. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 150)

Luc et Edith

Héros de Djian

D’ailleur un « double Nelson », c’est une prise de soumission qui consite, dans un match de catch, à faire abandonner l’adversaire (sic la 4ème de couverture). Et ça commence assez brutalement : Luc vient de se prendre une giffle!

« Il n’avait pas l’intention de bouger. Sa joue était chaude. Son oreille sifflait »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 7)

Edith n’a pas apprécié du tout le coup du post-it sur le miroir de la salle de bain. Luc le reconnaît: la méthode est un peu cavalière pour lui signifier la rupture… Mais il devait prendre la décision. Et puis, quoi qu’elle en dise, les torts sont partagés.

« Ils méritaient d’être punis tous les deux pour ce qu’ils avaient proprement piétiné. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 12)

Un terrible malentendu

Il faut dire que leur histoire a commencé par un terrible malentendu. Les militaires ont pris d’assaut la maison de Luc. En l’occurence, la mauvaise maison.
Edith, militaire, membre des forces spéciales, lui a foncé dessus, l’a flanqué par terre et l’a bâillonné. L’effet de surprise a été total.
Il n’aurait peut-être pas dû se débattre, cela lui aurait évité de nombreuses ecchymoses et contusions.

« Il ne comprenait rien à ce qui se passait. Elle l’avait presque mis KO. Mais déjà, il était ensorcelé. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 9)

Le silence

Finalement, il a tout de même résisté pendant 9 mois. Des semaines intenses de chaleur, de froideur, de bruit, d’excès, d’envie, d’inquiétude, de rapports de force, de lutte. Trop accaparé par Edith, Luc, écrivain, est confronté à la page blanche.
La séparation n’est pas consommée qu’elle lui manque déjà. Mais il ne lâche rien, il doit se détacher d’Edith pour écrire son nouveau roman. Il sait que cela va être compliqué, mais il est prêt.

« Le silence d’Edith devenait assourdissant. Même ses emportements, ses moues, ses rebuffades commençaient à lui manquer. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 27)

Toujours sous tension

Et c’est pire

Et bien, voyez-vous, cela s’avère pire que prévu!

Au bout de quelques jours, Edith blessée et traquée revient se cacher chez Luc. Ce dernier fait appel à Georges, son père médecin, pour la soigner. Il l’installe au grenier dans son ancien studio d’étudiant, en attendant de voir venir…

« Il bouillonnait intérieurement, il aurait bien poussé un cri de rage s’il s’était écouté. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 39)

Le voisinage s’en mêle

Côté voisinage, ce n’est pas merveilleux non plus. Marc vient d’emménager, il veut divorcer d’Iris. Elle lui en fait voir de toutes les couleurs à propos de la garde de leur fils Paul. Il se console dans les bras de Michèle, l’institutrice de Paul, qui ne semble pas être aussi équilibrée qu’elle en a l’air.
Georges est encore obligé d’intervenir, cette fois-ci chez Marc. Les problèmes diffusent, la situation se complique encore.

« C’était ennuyeux, cette histoire. Il ne voulait pas d’embrouille avec Marc, il l’aimait bien. Mais Michèle lui faisait peur. »
(Philippe Djian – Double Nelson – éditions Flammarion – Page 75)

Ce n’est pas fini

Et bien sûr, ce n’est pas fini, loin de là… Et comme d’habitude, j’ai aimé… jusqu’au bout. J’ai même relu Double Nelson une 2ème fois, dans la foulée, parce que Philippe Djian est, pour moi, un grand écrivain. Un écrivain moderne, à part, libre et inspirant. Un auteur au coeur de mon actualité.

« De livre en livre, Philippe Djian excelle de plus en plus dans le swing métaphysique, et son art ressemble à celui du golfeur Tiger Woods. Le meilleur du monde. Quand on lâche son bras, il ne faut pas faire de sentiment. Juste donner toute la puissance et sentir le temps qui passe tandis que la balle s’envole vers le drapeau. »

(Le nouvel Observateur)

La playlist « Double Nelson » de Djian

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Compartiment C voiture 293, 1938 par Edward Hopper (1882-1967)
Compartiment C voiture 293, 1938
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(1882-1967)

« 2030 » disponible en format poche

« 2030 », l’avant-dernier dernier roman de Philippe Djian, paru en septembre 2020 aux éditions Flammarion vient de sortir en poche. Pour la première fois, Djian nous emmène dans le futur. Un futur proche puisque l’histoire se déroule en 2030, comme le titre nous l’indique.

Nous voilà dans dix ans et finalement, il ne s’est pas passé grand-chose. Le réchauffement climatique s’est accentué, la chaleur est difficilement supportable et des pluies torrentielles provoquent de gigantesques inondations.

La situation de notre planète se dégrade, tout comme la vie de ses habitants. D’ailleurs Greg ne va pas bien, c’est le moins que l’on puisse dire….

Et en 2030…

D’un côté, il trafique les résultats d’analyses d’un dangereux pesticide et de l’autre il soutient les marches pour le climat et y participe. Il tombe même amoureux d’une éditrice spécialisée et militante écologiste.

En somme Greg se rebelle. Mais, comme dans tous les romans de Djian, la question est : jusqu’où ?

Il y a toujours un frère, dans les romans de Djian. Ou un beau-frère. Ou la sœur d’une épouse. Une famille constituée de gens qui se connaissent depuis toujours et doivent se supporter tant bien que mal. Ils forment un microcosme où bien entendu le pire peut advenir, ce qui n’empêche pas de garder espoir, coûte que coûte.


Les Inrocks.com

« 2030 » ne fait pas exception dans l’œuvre de Djian. Il se place dans la continuité de la trentaine de romans déjà publiés. On y retrouve la « marque de fabrique » de l’auteur.

D’abord, la pesanteur d’un monde à bout de souffle est, comme toujours, omniprésente. Ici, Philippe Djian fait souffler une brise brûlante sur la planète.  La chaleur implacable puis la pluie incessante rendent  les gens hystériques.

Ça dégénère…

Ensuite, on se dit dès le départ que la situation est mal engagée pour ces « héros », marginaux et attachants. D’ailleurs rien ne se passe comme prévu et tout dégénère. Petit à petit l’incompréhension entre les protagonistes grandit, la violence s’installe.

Avec l’auteur, nous investissons des banlieues vertes, apparemment calmes et sans histoire. Des personnes ordinaires, confrontées à des situations extraordinaires, devront renoncer à la normalité pour se sauver du chaos.

Car il y a le sexe, la drogue, la violence et les combines illégales, les nuits blanches et l’alcool, l’angoisse et la colère que personne jamais ne peut maîtriser. 

Les inrocks.com

 « 2030 », comme tous les romans de Djian, suscite l’incompréhension d’une grande partie des critiques littéraires. Un malentendu qui perdure depuis bientôt 40 ans.

Tout a commencé en 1978, avec le refus de Gallimard de publier « 50 contre un ». Son style le mettait, selon eux, en dehors de la littérature. Qu’à cela ne tienne, ce sera aux éditions Bernard Barrault que Djian commencera sa carrière d’écrivain.

Et le succès est quasi immédiat auprès du public.  L’adaptation de « 37.2° » au cinéma par Jean-Jacques Beineix en 1986 donne un sacré « coup de fouet » à sa carrière d’écrivain.

Un malentendu qui dure…

En 2012, le prix Interallié décerné à « Oh… » n’empêche pas certains critiques d’adopter une réserve prudente, tel Alexandre Fillon(1), qui précise qu’il aime Djian, mais poursuit : « Je ne crois à rien. Tout est cliché. Tout est plaqué ».

Avec la parution de « 2030 », la prudence est toujours de mise.

Le 7 octobre 2020, lors de l’émission « Le masque & la Plume » sur France Inter, les intervenants,  tous « fans de Djian » énoncent quelques petites critiques cinglantes : un livre « faiblard » et « ramasse-miettes », pas des plus palpitants, écrit à la va-vite et plus proche d’un synopsis que d’un roman.

(1)Lauréat du prix Hennessy du journalisme littéraire en 2009, propos recueillis sur le site de L’Express dans l’émission  « Le match des critiques »

« Ce n’est pas le sens qui est important, c’est comment il sonne dans votre oreille. Le monde m’apparaît comme une musique. Il y a une espèce de musique particulière ; l’idée, c’est d’essayer de la saisir. » (Philippe Djian)

Le devoir.com

La lecture de « 2030 » peut-être déroutante comme celle de tous les romans de Philippe Djian. Son style singulier est populaire, mais il n’est ni ordinaire, ni vulgaire.

Si ses livres se suivent et ses personnages passent d’un roman à l’autre, son écriture évolue. La ponctuation se fait de plus en plus minimaliste au profit de la fluidité et de la musicalité du texte.

Romans noirs…

Il utilise l’ellipse avec force, mettant le lecteur sous « tension ». Ce dernier doit alors faire le lien entre les personnages, comprendre entre les lignes, saisir les indices subtilement délivrés et ne jamais relâcher son attention. Djian est le maître du roman noir contemporain français.

« Aimer l’univers de Djian, c’est accepter de se faire avoir en beauté. Les personnages et les lieux changent à peine. L’auteur nous fait toujours baigner dans la même ambiance. Peu importe l’histoire, seul le souffle compte. » (2)

(2) Rémi Monnier sud ouest.fr

Djian dans le texte

« Cette fin de journée était admirable. Si l’on oubliait une seconde ces derniers mois – et Dieu sait que la tâche était difficile car les brûlures étaient encore vives, pas qu’ici, partout, la planète entière en avait bavé et ce n’était pas fini -, on pouvait trouver que ce monde époustouflait par sa beauté et que c’était une chance d’y vivre. »
Double Nelson ( 2021- éditions Flammarion)

« Les gens ne font pas dans le détail. Ils en ont assez des scientifiques, des scandales, des mensonges. On ne récolte plus que leur mépris. Qui pouvait s’attendre à ce qu’ils nous envoient des fleurs. Bon Dieu, Anton, on a laissé sur le marché un truc qu’on aurait dû faire interdire à la vente. Est-ce que c’est clair pour toi. Tu t’étonnes de quoi au juste. » 
2030 (2020 – éditions Flammarion)

 « Apprendre à vivre seule n’avait pas été une mince affaire. Il s’agissait d’un long, difficile et douloureux travail, mais une fois qu’on y était parvenu, en regardant le monde tel qu’il était, on n’avait pas envie de tenter autre chose. Ce pouvait être l’œuvre de toute une vie. » 
À l’aube (2018 – éditions Gallimard)

« Parfois, on était en droit de se demander si les gens que l’on côtoyait partageaient un minimum de valeurs avec soi. Quelles étaient les bases sur lesquelles ils fondaient leur existence. Quelles étaient leurs priorités, dans la vie. À quoi ils donnaient de l’importance. Quelles étaient les choses qui comptaient vraiment pour eux. »
Ça c’est un baiser (2002 – éditions Gallimard)

La playlist : Ambiance Djian

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Philippe Djian, parolier de Stephan Eicher

(Wikipédia)

À la fin des années 1980, Antoine de Caunes, avec qui il est ami depuis plusieurs années, lui présente Stephan Eicher. Une profonde amitié se noue entre les deux hommes. Philippe Djian devient son parolier en 1989. Il collaborera à huit de ses albums, dont les succès Déjeuner en paixPas d’ami comme toi ou Tu ne me dois rien

En 2007, il demande à Stephan Eicher de l’accompagner sur scène pour un festival littéraire à Toulouse. Depuis, ils montent régulièrement ensemble sur scène.

Djian a également écrit les paroles de Ne reviens pas pour Johnny Hallyday en 2002, sur une musique de Stephan Eicher.

Philippe Djian et Stephan Eicher “ça fout les poils“

Philippe Djian au cinéma

(Wikipédia)

En 1986, un an après la publication de  37°2 le matin, le roman est adapté au cinéma par Jean-Jacques Beineix. Le succès du film engendre une forte vente de la réédition de l’ouvrage en livre de poche et lui apporte la popularité.

La même année, une seconde adaptation d’un de ses romans, Bleu comme l’enfer, réalisé par Yves Boisset sort sur les écrans. Philippe Djian déclarera en 1993 : « un film abominable ! »

Il aura fallu attendre vingt-cinq ans pour qu’un de ses romans soit à nouveau adapté au cinéma. Trois de ses ouvrages connaissent une adaptation, entre 2011 et 2016 :

  • Impardonnables, adapté de son roman éponyme par André Téchiné en 2011
  • L’amour est un crime parfait, adapté d’Incidences par Arnaud et Jean-Marie Larrieu en 2013
  •  Elle, film germano-français, de Paul Verhoeven, adapté de « Oh… », avec Isabelle Huppert, en 2016.

Les podcasts de France Inter

La bande originale – Nagui 29/12/21

La vie est un je – Daphné Roulié

Le grand entretien – François Busnel 15/02/13

Message personnel

CD "Taxi Europa tour" dédicacé par Philippe Djian et Stephan Eicher

Monsieur Djian, on ne va pas se raconter des histoires… D’ailleurs, ce qui est important ce n’est pas l’histoire mais c’est le point de vue, c’est la mélodie du monde d’aujourd’hui. Il n’y a rien de plus important qu’un dialogue : on n’enfonce pas par force les choses dans la tête des gens. Vous le dites vous-même, vous n’avez pas d’idée particulière à défendre, vous ne cherchez pas à orienter votre lecteur, votre travail est ailleurs… Evidemment, il est dans ma bibliothèque !

Faites-vous plaisir….

Double Nelson

Photo de double-nelson

Double Nelson

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Photo de 2030

2030

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Impuretés, le roman de Djian préféré du blog

Photo de impuretes

Impuretés

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Sources

Le nouvel Observateur : Sexe, violence & métaphysique : Philippe Djian est en forme

RTS.ch Le romancier Philippe Djian se projette dans un avenir brûlant

Télérama Philippe Djian, un écrivain hors de la littérature

Babelio.com à l’aube

Questions fréquemment posées

Qu’est-ce que ce malentendu autour de Djian?

C’est le malentendu du malentendant ! Philippe Djian est sourd de l’oreille droite. Il écrit des romans noirs alors qu’il est un auteur brillant. Il raconte des histoires qui débutent toujours sur des malentendus. Il a un style qui le place « hors de la littérature » depuis 40 ans et pourtant il est devenu un auteur majeur et reconnu. Il se pourrait bien que Philippe Djian aime les malentendus…

C’est quoi l’écriture de Djian?

L’écriture de Philippe Djian, c’est des phrases souvent courtes avec une ponctuation minimaliste. Le rythme est rapide. Les dialogues sont insérés dans le corps du texte. Les paragraphes s’enchaînent avec fluidité et limpidité. Le vocabulaire est précis, parfois familier, toujours percutant. La plume de Djian est affûtée, elle peut être caustique ou même déroutante. Pour ses fans, elle est saisissante…

La source sud ouest rts télérama

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2 commentaires
  1. Thierry Vernet dit

    Enfin une critique de livre factuelle, mesurée et lisible sans charabia pseudo-intellectuel « sans prise de tête ». La playlist ambiance à la façon de … c’est un plus vraiment original. Longue vie à ton blog MAV !

    1. Marie-Anne Vernet dit

      oui, longue vie à notre blog sans prise de tête…

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